hollande-melenchon

 

 

Le titre va en exciter plus d'un, mais attention, lisez le contenu avant de juger. Si certains militants du Front de Gauche m'exaspèrent, je suis très pote avec d'autres en dépit de quelques divergences. J'ai toujours combattu les gens de droite osant prétendre que Jean-Luc Mélenchon était un extrémiste au même niveau que Le Pen. Je répondais que ces gens ne savaient rien, qu'ils n'étaient rien d'autre que des imbéciles et que Mélenchon est un Républicain laic. Il m'arrive même de l'approuver, au delà de son talent de tribun et sa capacité d'indignation n'est pas forcément négative. Sauf que parfois, ça va trop loin sur certains sujets.


J'ai toujours considéré qu'il existait plusieurs gauches et que la pensée unique consistant à suivre aveuglement une doctrine sans remise en question n'était pas un truc de gauche. Je ne suis pas toujours d'accord avec certaines personnalités du Parti-Socialiste, dont certains au gouvernement comme Jérôme Cahuzac affirmant que la lutte des classes, c'est de l'histoire ancienne. La lutte des classes est toujours d'actualité, bien plus ces dernières années et ce sont certains nantis qui l'ont ravivée, avec la complicité notamment, en France, du gouvernement précédent. J'ai déjà fait un billet expliquant, après avoir vraiment analysé le sujet en profondeur, à quel point l'accord national interprofessionnel (ANI) m'effrayait dans son contenu actuel. Je suis très inquiet sur les retraites et si la nouvelle réforme est injuste vis à vis des ouvriers dont l'espérance de vie est de 7 années inférieure à celle d'un cadre, je m'y opposerai dans la rue. Pour autant, je ne peux pas être au Front de Gauche pour plusieurs raisons.

L'idée d'un Front de Gauche est séduisante sur le papier, une "révolution citoyenne", ça fait rêver et ça ne laisse pas du tout indifférent. Mais la stratégie ne me convient pas et ne débouchera sur rien. Ce n'est pas les critiques sur François Hollande et la contestation de certaines orientations qui sont discutables, bien au contraire et c'est normal surtout qu'encore une fois, il est bon d'avoir des alliés vigilants. Le problème, c'est le style. Même en prenant en compte l'ANI et les craintes sur les retraites, ou encore le plan Gallois où, j'en conviens, donner 20 milliards au patronat, c'est difficile à accepter, mais en venir à comparer François Hollande à Nicolas Sarkozy est non seulement stupide, mais surtout dangereux car certains militants du Front de Gauche n'ont plus aucune gêne à tenir de tels propos, notamment sur Twitter.

Stupide car quand on a augmenté de 25% la rentrée scolaire, qu'on prend des mesures contre le chômage (emplois jeunes, emplois d'avenir, 60 000 emplois industriels sauvés sur 70 000 menacés, 10 000 emplois à venir pour l'informatique...), et qu'on n'explique pas que le chômage, c'est de la faute des chômeurs se complaisant dans l'assistanat qui est le cancer de la société et donc, de vouloir mettre en place des TIG pour que les chômeurs s'excusent d'être chômeurs pour justifier son RSA sans aucun complément (bosser à l'oeil), c'est tout sauf une politique Sarkozyste. Il faut être même malhonnête intellectuellement pour dire cela. Dangereux car ça renforce le slogan du FN consistant à dire "UMP + PS = UMPS, donc la même chose." Il ne faut y voir aucune outrance de ma part, le combat de Mélenchon contre Le Pen (qui l'a notamment démolie sur France 2 durant la Présidentielle) est indiscutable et le Front de Gauche n'a rien à prouver là dessus. Seulement, dire que François Hollande, c'est pareil que Sarkozy, désolé mais ça rend service à qui ? Il m'arrive moi-même d'agir dans la colère et de m'emporter, je suis loin d'être irréprochable, mais il faut faire attention à ne pas être outrancier.

Chez certains militants du Front de Gauche, il existe une mode consistant à décerner les brevets de gauche. Au nom de quoi ? Quelle est leur légitimité ? C'est un procédé détestable et une prétention démesurée. Ca serait tout autant contestable si d'autres, notamment au Parti-Socialiste, faisaient ça. La gauche, ce n'est pas qu'une vision, c'est bien plus que ça. Alors je suis d'accord, François Hollande annonçant qu'il combattrait la finance et finalement, on ne voit pas grand chose à ce sujet, ça m'agace. Il aurait mieux valu qu'il ne s'enflamme pas comme il l'a fait au Bourget, s'il n'avait pas cette volonté. Ca ne veut pas dire qu'il est de droite. Je dirai plutôt qu'il n'ose pas, qu'il est trop timide à ce sujet et oui c'est une faute. Pour autant, est-on obligé d'être dans l'outrance, quitte à remettre en cause la sincérité d'untel ou d'un autre sur ses valeurs ? J'avoue ressentir une certaine lassitude vis à vis de ça. En vérité, sur l'économie et le social, 80% des enjeux se jouent à Bruxelles et Strasbourg, certains au Front de Gauche l'ont bien compris et d'autres militants de gauche (notamment des socialistes) pas assez. Il y a eu des erreurs, une forme de légèreté vis à vis de ça. On ne peut cependant pas nier non plus, en mettant le Parlement de côté, que l'Europe est sous domination libérale. A ma connaissance, parmi les 27, je ne peux citer que 2 chefs d'Etat et de gouvernement étant socialistes : François Hollande et le Premier Ministre Belge Elio di Rupo bien que ce dernier soit à la tête d'une coalition à cause de la situation nationale difficile sur le plan politique. C'est difficile de faire la différence, comme sur le budget en dépit de quelques succès, notamment sur la PAC et le maintien de l'aide alimentaire qui, bien qu'ayant baissée, était menacée de disparition. Le Parlement Européen a rejeté ce budget pour son contenu, j'estime qu'il a fait son travail.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, si j'admire chez lui sa capacité d'indignation, je trouve que parfois, il va trop loin. Comment peut on traiter ses alliés politiques de "nuls" ou autres qualificatifs du même type ? Dimanche, sur France 5, à propos de l'immolation de certains chômeurs, naturellement on est tous choqués. Je n'ai pas à dire ce que telle ou telle personne doit penser ou critiquer, mais en arriver à dire grosso-modo que Michel Sapin s'en moque, peu importe les désaccords qu'on peut avoir avec lui, c'est insultant. Aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon critique le fait que Jean-Marc Ayrault se rende au Vatican pour l'intronisation du nouveau Pape. La critique peut s'entendre, rien de choquant là dessus, si ce n'est que d'autres Premier Ministre l'ont déjà fait, et je ne vois pas pourquoi si à juste titre nos élus saluent la fête de l'Aid el Kébir ou se rendent au diner du Crif qu'on ne salue pas le Pape par respect pour les catholiques. Ca ne menace en rien la laicité et le Front de Gauche, hormis Marie-Georges Buffet était très discret quand l'Eglise faisait pression sur le mariage pour tous. Quant aux accusations contre le Pape, il faut les prendre en compte c'est sûr, mais il faut aussi prouver que c'est vrai. Mais ce qui me surprend, c'est que dans la volonté de se payer François Hollande, Jean-Luc Mélenchon emploie même le terme "d'humiliation" par rapport au déplacement du Premier Ministre Ayrault...

Enfin j'ai le sentiment que beaucoup de militants de Front de Gauche sont têtus. Pas tous car je discute souvent avec 2-3 d'entre eux (ils se reconnaîtront) et si parfois c'est vif, on se respecte et on essaie d'avancer. Mais si l'ensemble des personne est têtu, comment voulez vous avancer ? Progresser ? Analyser avec lucidité ? Ce n'est pas comme ça qu'on gagne. Je crois que le Front de Gauche n'aura jamais la possibilité d'avoir la majorité dans ce pays, c'est impossible si les mentalités ne changent pas. On ne peut pas convaincre en jouant les procureurs contre les gens d'un parti allié, en prétendant détenir à lui seul la vérité et en allant jusqu'à remettre en cause les valeurs défendues par les gens. Ce n'est pas incompatible avec l'esprit critique et la vigilance nécessaires car moi-même, je tique souvent par rapport à la social-démocratie. Non seulement ça ne m'emballe pas plus que ça, mais en plus on peut avoir quelques mauvaises surprises, mais pour l'instant je ne vois pas le Front de Gauche comme une option alternative même si je pourrai très bien glisser un bulletin de ce parti dans l'urne si je suis déçu sur l'ANI et les retraites. Seulement en dépit de quelques adhésions sur certains sujets, ça sera plus un vote de protestation qu'autre chose.

Ceci étant, je ne demande qu'à être convaincu que j'ai tort sur l'option alternative.